44 ANS DE RENOUVEAU

Le 6 novembre 1982, à Yaoundé, un homme de 49 ans, calme, presque effacé, prêtait serment. Paul BIYA succédait à Ahmadou AHIDJO. Le Cameroun comptait alors 8,5 millions d’habitants, une seule université, à peine 2 500 kilomètres de routes bitumées, et une espérance de vie qui ne dépassait pas 48 ans. Personne, ce jour-là, ne pouvait imaginer ce que deviendraient les quarante-quatre années qui allaient suivre.
Aujourd’hui, nous sommes plus de 29 millions. Et ce chiffre à lui seul raconte tout. Car ce n’est pas seulement une population qui a triplé, c’est un pays qui a changé de dimension. Là où il n’y avait qu’une université à Yaoundé, il y en a désormais huit, de Yaoundé I à Bertoua, en passant par Douala, Dschang, Ngaoundéré, Buea et Garoua, sans compter plus de deux cents instituts privés qui forment chaque année des milliers de jeunes. Là où l’école était un privilège, elle est devenue presque universelle, gratuite dans le primaire public depuis 2000, et le jeune Camerounais de 20 ans sait aujourd’hui lire, écrire, et bien souvent manier un téléphone mieux que n’importe quel ministre de 1982.

La santé a suivi le même mouvement. Nous sommes passés d’un pays où l’on mourait d’un paludisme mal soigné à un pays qui compte l’Hôpital Général de Yaoundé, Laquintinie à Douala, les hôpitaux gynéco-obstétriques de Yaoundé et Douala, qui lance la Couverture Santé Universelle pour les mères et les enfants, et qui construit six grands hôpitaux régionaux de Bafoussam à Ebolowa. L’espérance de vie est passée de 48 à 61 ans. Treize années de vie gagnées, ce n’est pas une statistique, ce sont des mères qui voient grandir leurs enfants, des grands-pères qui voient naître leurs petits-enfants.
Et puis il y a ce que l’on voit en roulant. Le Cameroun de 1982 s’arrêtait au bout du goudron. Celui de 2026 traverse des autoroutes. Yaoundé-Douala, Yaoundé-Nsimalen, le deuxième pont sur le Wouri, plus de 9 000 kilomètres de routes bitumées. Il s’éclaire aussi autrement. Nous sommes passés de moins de 400 mégawatts à plus de 1 800, avec Lom Pangar, Memve’ele, et surtout Nachtigal, 420 mégawatts à lui seul, qui alimente aujourd’hui près d’un tiers du pays. Et à Kribi, là où il n’y avait que la plage et les pêcheurs, se dresse désormais un port en eau profonde qui a changé la carte du golfe de Guinée, qui reçoit les plus grands navires du monde et qui fait du Cameroun la porte d’entrée de toute l’Afrique centrale.
L’économie, elle, a encaissé des coups que peu de pays auraient supportés. La chute des cours du cacao et du pétrole en 1986, l’ajustement structurel, la dévaluation du franc CFA en 1994, l’endettement, puis le désendettement avec l’initiative PPTE en 2006. Malgré tout, le pays est resté debout, première économie de la CEMAC avec 40% de son PIB, un PIB passé de moins de 8 milliards de dollars à plus de 52 milliards, un cacao redevenu quatrième producteur mondial avec plus de 300 000 tonnes, une banane première en Afrique subsaharienne. Le Cameroun n’est pas devenu riche, mais il est devenu résilient.
Le plus important, pourtant, ne se voit pas sur une photo. C’est la paix. Pendant que le Tchad, la Centrafrique, le Nigeria brûlaient, pendant que Boko Haram frappait l’Extrême-Nord dès 2014, pendant que la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest déchirait des familles depuis 2016, le Cameroun n’a ni explosé, ni été découpé, ni connu de coup d’État réussi. Il a tenu. Par le dialogue, par le Grand Dialogue National de 2019, par la décentralisation, par ce Statut Spécial accordé aux deux régions anglophones. C’est imparfait, c’est inachevé, mais c’est réel : ce pays est resté un.

Alors oui, il faut le dire sans détour. Après 44 ans, tout n’est pas réglé. Le jeune diplômé de Dschang qui cherche un emploi à Douala le sait. La ménagère de Mokolo qui paie son gazole à 984,46 FCFA le sait. Le paysan de l’Ouest qui attend que la décentralisation devienne une réalité le sait. Le Renouveau, s’il veut rester fidèle à son nom, ne peut pas être un souvenir. Il doit redevenir un mouvement.
Mais ce 6 novembre, avant de juger, regardons d’où nous venons. Nous venons d’un pays de 8,5 millions d’habitants et d’une université. Nous sommes un pays de 29 millions d’habitants, de huit universités, d’un port en eau profonde, de barrages, d’autoroutes, et d’une jeunesse qui ne demande qu’à prendre sa place.
Ce n’est pas le bilan d’un seul homme. C’est le bilan d’un peuple qui a tenu, qui a construit, qui a aimé son pays même quand c’était difficile.
44 ans après, le Renouveau n’est plus une promesse. C’est une histoire. Et cette histoire, c’est la nôtre.

